samedi 6 juin 2009

Bright Eyes - Lover I Don't Have To Love

Remontons à l'année 2002. A l'époque, Conor Oberst ne faisait pas toujours ce petit folk stéréotypé qu'il nous sert depuis 2 LP avec The Mystice Valley ("Outher South", sorti ce mois-ci).





Il préférait nous pondre une chanson telle que Lover I Don't Have To Love, pleine de susurrements délicats, saupoudrée de sous-entendus licencieux, limite glauque et si obsédante; provoquante.

Il a bien changé, l'ami Conor !

vendredi 8 mai 2009

< 06/05 > Beirut @ Cirque Royal

Cette année, à part Beirut et Andrew Bird, je dois dire que l'affiche des Nuits Bota ne me bottait pas vraiment. Quitte à devoir choisir l'un des deux, c'est pour Beirut que mon choix s'est porté: en effet, après l'avoir loupé 2 fois, la troisième fois devait être la bonne, qui de plus m'apportait une première visite au Cirque Royal de Bruxelles. Et histoire de ne pas encore laisser ce blog vide, je vous fait part des mes notes d'après concert (il faut bien s'occuper dans le train).


Après une attente prolongée à la gare du Nord, histoire d'attendre celle qui a la poisse au niveau de Tubize, notre retard était indiscutable. Mais quelques centaines de pas plus tard, le soulagement est grand: l'accès à un niveau acceptable est aisé et Mina Tindle n'a pas l'air d'avoir commencé depuis longtemps. D'abord un brin rébarbative, la demoiselle se contente de chantonner avec souvent comme unique support une instrumentation discrète - majoritairement de la guitare boyscout au coin du feu. Peut-être que c'est juste ma balance interne qui commence à pencher du côté de l'expérimental, au détriment du folk. Mais la prestation prend tout de même de l'ampleur lorsque ses comparses de scène la soutiennent, notamment à la batterie, ou quand Mlle Tindle attrape son mélodica. L'amateurisme de la petite bande fait sourire, bien loin de celui de Soko au Pukkelpop 08, qui frisait alors l'indécence. Tout de même étonnant comme ce petit monde fait bien peu de bruit, on serait presque gênés de chuchoter à l'oreille de sa voisine.
Frais, léger, délicat, la chanteuse ne va pas renverser les foules ni transcender les âmes, mais ça se laisse écouter comme un ruisseau qui berce. Plaisante démonstration (malgré l'aversion que je semble habituellement porter aux voix féminines).


21h02 et déjà Zach Condon et ses compagnons nous saluent, souriants. Dès le premier morceau, l'équilibre semble parfait, la voix s'envole vers la voûte et vibre intensément, suspendue en l'air. Avec l'apparition de la batterie, je crains un instant un chamboulement, mais le tout finit par se fondre élégamment malgré une résonance prolongée de la pédale. Même peur lorsque le contrebassiste troque son géant de bois pour une basse. Celle-ci restera un peu trop présente, mais cet infime inconvénient n'entacha en rien l'homogénéité générale, et la pureté du son me parut infinie. Un bon point pour le Cirque Royal.




The Concubine, Mount Wroclai, Postcards from Italy, A Sunday Smile, St Apollonia, Nantes... Elles seront quelques unes à y passer, peut-être un peu trop de The Flying Club Cup, peut-être pas assez d'atmosphères balkaniques si chères à Gulag Orkestar, peut-être pas assez de plaines mexicaines arides et de désespoir noir tellement représentatifs de March of the Zapotec. Mais laissons les peut-être de côté. Dès la première chanson, ce grand enfant joufflu et son voisin trompettiste (mais pas seulement, l'homme a beaucoup de cordes à son arc) entament unissons, contre-chants et multiples hymnes dignes du Beirut en pleine possession de ses moyens. L'accordéon relève merveilleusement le tout, un tapis de notes continu, et le trombone à coulisse (était-ce ça ? je m'y connais peu en cuivres, malheureusement) assure un renforcement mélodique sans faille. La maîtrise vocale se fait tantôt poignante et touchante, tantôt enjouée et engagée, mais quoiqu'il arrive, toujours puissante. Son français n'est pas aussi impeccable, mais tout de même déjà impressionnant: il aime notre langue, ça se voit autant dans ses commentaires que dans les titres de ses chansons.

"Je n'imaginais pas que la salle serait si grande. Je suppose que je dois dire merci, la Belgique" (en anglais). Et puis une intervention du trompettiste pour demander à la sécurité de ne pas confisquer les appareils photos. Comme cadeau: la Javanaise de Gainsbourg, délicieusement rétro, mais aussi Zach, seul au ukulélé, jouant The Penalty. "Et voilà !" "Bon." Ces gars-là sont beaucoup trop sympas. Oui, trop, car sur My Night With The Prostitute from Marseille, ils invitent les gens à monter sur scène: ça aurait pu être une bonne idée si les gens étaient un peu plus respectueux. Entre les cruches qui tournent le dos à Zach pour s'auto-prendre en photo avec Beirut en arrière-plan, Madame sans gêne qui veut faire une photo à côté d'eux pendant la chanson ("kikoo les copines, regardez ma photo facebook avec Beirut !"), le type pathétique à la chemise rouge ou encore celui qui fait semblant de jouer de la trompette à côté de Zach, je crois que le summum du ridicule fut atteint. Mais en faisant abstraction de tout ça, on pouvait remarquer que la chanson prenait de nouvelles directions, car pas de platine arty ici, juste Beirut et ses instruments traditionnels.

Pas beaucoup plus d'une heure sur la scène, mais beaucoup d'éclats de rire et des morceaux plein de sincérité aussi excellents en live que sur cd. Tout simplement beaucoup d'humanité et un éclair de magie.

Un concert qui efface les mauvais souvenirs des derniers à s'être brûler les ailes à l'expérience de la performance live (Animal Collective et sa bouillie sonore, pour ne pas les citer). Peut-être plus cher que mes derniers concerts, mais le prix en valait la chandelle.
Beirut, des amis qui vous veulent du bien.

dimanche 5 avril 2009

[LP] Grizzly Bear - Veckatimest

Quand on attend un album comme j'attendais le successeur de Yellow House et Friend, le risque de déception est plutôt élevé. Mais avoir peur d'être déçue aurait été oublier à quel point Grizzly Bear joue dans une catégorie supérieure au commun des mortels.

En effet, cet opus est loin d'être en-dessous de mes attentes. Il allie la continuité côté passion et exaltation grandiose, dans la lignée d'une chanson telle que On a Neck, On a Spit (Southern Point) et côté mélancolie extrême et intériorité représentée dans le style de Shift (Foreground, piano en tête et instru discrète); mais il apporte également un aspect peu représenté jusqu'ici chez les ours: la vivacité légère et joyeuse présente sur Two Weeks et About Face (qui n'en reste pas moins poignante).


On retrouve aussi avec un plaisir non dissimulé le choeur des voix vibrantes, puissantes et subtiles à la fois (à côté de ça, Fleet Foxes, c'est une blague) de Ed Droste (plutôt cristalline) et de Daniel Rossen (plutôt rauque), et particulièrement sur l'excellente Fine For Now et son désordre emporté, ainsi que sur Dory.
Une oeuvre facilement assimilable au courant romantique par sa sensibilité sans cesse mise en valeur et par son déluge de contrastes et de montées en puissance; limite symboliste par sa poésie et son coeur appelant à la rêverie et au songe comme sur Hold Still et I Live With You.

Un album dont même le morceau Chearleader, le moins bon à mes yeux, le moins propice au voyage et dont la montée me parait trop lente, reste tout de même d'une excellence auquelle la plupart des chansons entendues en ce début d'année 2009 ne pourrait jamais prétendre.

Veckatimest ou la délicatesse à son apogée: la confirmation que Grizzly Bear est devenu un groupe majeur de cette décennie.

Sortie officielle: 26 mai.

While you wait for the others

samedi 21 février 2009

[C'était mieux avant] 1880 - Élégie, Op. 24 de Gabriel Fauré

L’élégie (du mot grec elegeia, « chant de deuil ») est une forme de poème. De nos jours, l’élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance amoureuse due à un abandon ou à une absence.


1880. Gabriel Fauré, grand compositeur français romantique, prend sa plume et une feuille à portées. Il compose l'Élégie pour violoncelle et piano, Op. 24. A la demande, il y rajoute des partitions pour orchestre. Et quand c'est Yo-Yo Ma qui l'interprète, on se laisse prendre par l'emportement du célèbre violonelliste et les frissons qui parcourent notre échine.

Élégie, Op. 24

vendredi 6 février 2009

< 21/01/09 > The Walkmen @ Fillmore, SF

On peut parfois chroniquer en étant économe de mots. Il n'y a qu'une seule chose à dire: ça respirait l'intensité et la passion, ça s'époumonait avec la fougue des plus grands. Et tout cela est évidemment beaucoup trop rare.
Je ne peux que poursuivre en vidéos:


Et les planants Beach House en première partie:


vendredi 30 janvier 2009

[EP] Beirut - March of the Zapotec & Realpeople Holland

La troisième fois, c'est la bonne.
Novembre 2007. Il y a plus d'un an, je tente d'acheter une place pour aller saluer ce jeune homme et sa troupe, dont les chansons ont si longtemps accompagné ma route. Sold out.
Beirut annoncé à Werchter. Et puis le 3 avril, lettre de Zach: It's with great regret that I have to tell all of you that Beirut is canceling their summer European shows. My reasons for doing this are many, a lot of them personal, but I still feel I need to provide something of an explanation.
C'était sa mise au point à lui.
6 mai, Nuits Botanique. Cette fois-ci je ne passerai pas à côté.

La troisième fois, c'est la bonne.
Gulag Orkestar. The Flying Club Cup. Et March of the Zapotec & Holland EP en 3e jet.
Même si ses deux prédecesseurs valaient le détour, après écoute de l'oeuvre de 2009, il me semble que la mise au point fut bénéfique.


March of the Zapotec marque en quelque sorte la continuité. On y retrouve les cuivres qui lui sont chers et sa voix bien reconnaissable. La Llorona invite même une voix féminine à se mêler à la mesure à trois temps, débitant des paroles toujours plus inspirées. My Wife, c'est comme un morceau de la fanfare de ton village, chevrotant et bancal (tout comme El Zocalo). The Akara, pour sa part, est à mes yeux un véritable chef-d'oeuvre d'intensité. Les percussions marquent une avancée inexorable, le chemin vers la potence. On A Bayonet respire tout autant le désespoir, qui se veut profond, muet et incurable. Ils forment à eux deux les points forts de cet EP. The Shrew voit le retour de la mesure à trois temps et finit de me réconcilier avec certains instruments à vent, dont le son ne m'apparassait pas comme subtil auparavant. Beirut a bien manoeuvré son orchestre.

Holland, c'est différent de tout ce que Beirut a pu faire jusqu'ici; ou à la limite, le genre d'A Sunday Smile et Nantes, poussé beaucoup plus loin. J'ai tout d'abord été réticente, tout simplement parce que j'avais dur à associer l'artiste avec ce que j'entendais. Et puis, après quelques écoutes, je me suis détendue et j'ai réécouté en enlevant l'étiquette "Beirut fait de la musique pleine de cuivre et de folklore". Je pensais ne pas trop accrocher. Jusqu'à ce que je réalise que cette chanson qui m'est restée en tête pendant des heures et que je meurs d'envie d'écouter, c'est My Night with the Prostitute From Marseille. Elle m'a réconcilié avec cet inattendu côté électronique, et ouvert au reste d'Holland. Elle est écrite pour rester en tête en associant des beats implacables et cette voix si particulière (ainsi qu'un titre des plus percutants, tout de même). My Wife, Lost in the Wild c'est presque du Passion Pit, une pop irrésistible qui se faufile là où on ne l'attend pas. La planante Venice convaincra les derniers réticents tandis que The Concubine renouera avec l'accordéon. No Dice est certainement celle qui ressemble le moins à ce que le multi-instrumentiste faisait auparavant. Mais elle ne déplait pas pour autant, dans un style beaucoup plus joyeux et éclairé que March of the Zapotec.



Beirut semble marcher sur les traces de ses envies en-dehors de toute contrainte. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça lui réussit plutôt bien. Un futur pilier indispensable de la discographie de chacun.

mardi 27 janvier 2009

Mise au point inévitable (alias coup de gueule).

J’ai mis du temps à revenir. Je pourrais prétexter les examens, les vacances aussi, mais au final tout cela n’avait rien avoir. Je cherchais juste à ne pas devenir comme certains de ces blogueurs dont j’ai récemment lu des articles/commentaires. Il fallait que je comprenne vraiment ce que je voulais faire et ce que je ne voulais surtout pas devenir avant de poursuivre l’aventure sans risque. Maintenant il ne me reste plus qu’à l’exprimer et je pense que je pourrai dès lors recommencer à écrire quelque chose de valable à mes yeux. Mais un peu plus misanthrope qu’avant, malheureusement.

Cette prise de conscience s’est déroulée parallèlement à la sortie du dernier album d’Animal Collective. Trop peu de temps pour chroniquer cet album bouillonnant, mais passage sur certains blogs où une certaine controverse semblait faire rage. Évidemment que je la comprends, personne ne peut faire l’unanimité. Mais à y regarder de plus près, ce que j’y ai lu était la plupart du temps un véritable ramassis de conneries, à commencer par . Et ailleurs aussi, presque partout à vrai dire.
Ce que j’ai retenu, c’était particulièrement « je ne comprends pas » ou encore « admiration pour tout ceux qui sont arrivés à écouter en entier un album d’animal collective ». Et une dizaine de petites phrases similaires telles que « un groupe qui jouerait n'importe quoi sans réel sens et on goberait ça comme du petit lait », « manque de cohérence », etc. C’est seulement là que la vérité m’a frappé au visage, malgré qu’elle semble toujours avoir été présente. Comprendre ? Comprendre la musique ? Se forcer à écouter un album jusqu’au bout alors qu’on part déjà avec une opinion (buzz, hype, farce)? En gros, tenter une écoute intellectuelle ?! « Ouais, c’est la grosse hype chez les Bac+12 ». Ce n’est pas plutôt ce genre d’approche qui est réservée aux Bac+12 ?! Alors bien sûr, la technique et la maîtrise d’un instrument (seuls critères objectivement critiquables et dépréciables) sont d’une grande utilité à celui qui désire faire passer des émotions musicalement, mais qu’on me jette la première pierre si je nie avoir vibré à des auditions de débutants passionnés.

J’ai dû me demander avec étonnement pourquoi moi, j’aimais cet album. Cela m’a paru très simple, contrairement à ces intellectualisations ridicules. J’aime Animal Collective car leur musique parle autant à mon corps qu’à ma tête. J’ai même été une fois jusqu’à comparer mon corps avec l’EP Water Curses, dont les chansons me paraissent plus enfantines qu’intellectuelles. « J’adore Brothersport (…). Au vu de la façon dont mes enfants (2 et 3 ans) dansent dans la salle de bain en l’écoutant, je pense qu’ils l’aiment aussi !!! ». En effet, je fonctionne entièrement au ressenti, à l’émotion, aux frissons. Dans un sens, la plus totale subjectivité mais qui se révèle pourtant sans choix, sans décision et sans appel. On ne peut pas changer ce qu’une musique provoque en nous (en-dehors de tout souvenir lié à son passage bien sûr). Quand j’ai écouté Animal Collective, que ce soit pour la toute première fois il y a deux ans ou pour cet album, je n’ai pas réfléchi. J’ai fermé les yeux et j’ai écouté. Et ce que j’ai entendu m’a plu, au-delà d’une explication rationnelle.

Je me suis sentie obligée d’étendre ma réflexion plus loin que ce groupe. J’ai vogué au gré du net sur les sites musicaux, blogs et autres, appartenant à des particuliers et à des critiques amateurs. J’ai été horrifiée de réaliser seulement maintenant l’ampleur des dégâts. La plupart d’entre eux ont oublié pourquoi ils écoutent de la musique. Et certains de ceux qui sont en train de lire cet article sont peut-être dans le cas aussi. La plupart du temps, j’ai juste vu des gens qui avaient envie d’être calé sur le sujet de la scène indépendante, donc juste une question de connaissance exhaustive, ou même pire, des gens qui voulaient juste se la péter genre « regarde tout ce que j’écoute et que tu ne connais même pas ». Il m’est même arrivé de ne plus avoir l’impression que certains parlaient de musique. Mais pourquoi pas tenir un blog de ce genre, en effet… Mais ma question reste : dans quel but ?!

Cela m’a ramené tantôt à la description Listen2Fight de Marc : « L’idée désagréable que quelqu’un puisse passer à côté d’albums qui pourraient le toucher me pousse à partager mes coups de cœur et de gueule (…) ». Oui, exactement. J’écoute de la musique parce que ça me touche. Parce qu’on s’y identifie, parce qu’elle est capable de recouvrir l’entièreté de notre palette de sentiments. Voilà la seule raison qui me pousse également à tenir ce blog. J’ai envie de partager mes émotions et pourquoi pas d'en provoquer chez d'autres par le biais de la musique. Alors que certains des blogueurs m’apparaissent plus comme des m’as-tu-vu engloutisseurs de disques, mais qui ont oublié pourquoi.

Je terminerai ce coup de gueule avec l’espoir de ne jamais perdre l’intégrité qu’un tas d’auditeurs semblent avoir perdue. Pour en revenir à mon intro, ce que je veux faire : continuer à partager mes émotions musicales avec qui voudra, et cet article en fait incontestablement partie.
Ce que je ne veux pas devenir : par exemple, le genre de personne pseudo-sympathique capable d’écrire un mail blessant sans même apparemment sans rendre compte, rempli d'allusions machistes et de changements de propos dû à une simple affaire de nombre de commentaires ou de découvertes ou non lors de ma première et dernière collaboration.
Ou un de ces putains de snobs indie, mais la personne d'avant en fait indéniablement partie.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales tout en ressenti...
Et une chanson désarmante pour la route: All Alone In An Empty House - Lost in the Trees