mardi 27 janvier 2009

Mise au point inévitable (alias coup de gueule).

J’ai mis du temps à revenir. Je pourrais prétexter les examens, les vacances aussi, mais au final tout cela n’avait rien avoir. Je cherchais juste à ne pas devenir comme certains de ces blogueurs dont j’ai récemment lu des articles/commentaires. Il fallait que je comprenne vraiment ce que je voulais faire et ce que je ne voulais surtout pas devenir avant de poursuivre l’aventure sans risque. Maintenant il ne me reste plus qu’à l’exprimer et je pense que je pourrai dès lors recommencer à écrire quelque chose de valable à mes yeux. Mais un peu plus misanthrope qu’avant, malheureusement.

Cette prise de conscience s’est déroulée parallèlement à la sortie du dernier album d’Animal Collective. Trop peu de temps pour chroniquer cet album bouillonnant, mais passage sur certains blogs où une certaine controverse semblait faire rage. Évidemment que je la comprends, personne ne peut faire l’unanimité. Mais à y regarder de plus près, ce que j’y ai lu était la plupart du temps un véritable ramassis de conneries, à commencer par . Et ailleurs aussi, presque partout à vrai dire.
Ce que j’ai retenu, c’était particulièrement « je ne comprends pas » ou encore « admiration pour tout ceux qui sont arrivés à écouter en entier un album d’animal collective ». Et une dizaine de petites phrases similaires telles que « un groupe qui jouerait n'importe quoi sans réel sens et on goberait ça comme du petit lait », « manque de cohérence », etc. C’est seulement là que la vérité m’a frappé au visage, malgré qu’elle semble toujours avoir été présente. Comprendre ? Comprendre la musique ? Se forcer à écouter un album jusqu’au bout alors qu’on part déjà avec une opinion (buzz, hype, farce)? En gros, tenter une écoute intellectuelle ?! « Ouais, c’est la grosse hype chez les Bac+12 ». Ce n’est pas plutôt ce genre d’approche qui est réservée aux Bac+12 ?! Alors bien sûr, la technique et la maîtrise d’un instrument (seuls critères objectivement critiquables et dépréciables) sont d’une grande utilité à celui qui désire faire passer des émotions musicalement, mais qu’on me jette la première pierre si je nie avoir vibré à des auditions de débutants passionnés.

J’ai dû me demander avec étonnement pourquoi moi, j’aimais cet album. Cela m’a paru très simple, contrairement à ces intellectualisations ridicules. J’aime Animal Collective car leur musique parle autant à mon corps qu’à ma tête. J’ai même été une fois jusqu’à comparer mon corps avec l’EP Water Curses, dont les chansons me paraissent plus enfantines qu’intellectuelles. « J’adore Brothersport (…). Au vu de la façon dont mes enfants (2 et 3 ans) dansent dans la salle de bain en l’écoutant, je pense qu’ils l’aiment aussi !!! ». En effet, je fonctionne entièrement au ressenti, à l’émotion, aux frissons. Dans un sens, la plus totale subjectivité mais qui se révèle pourtant sans choix, sans décision et sans appel. On ne peut pas changer ce qu’une musique provoque en nous (en-dehors de tout souvenir lié à son passage bien sûr). Quand j’ai écouté Animal Collective, que ce soit pour la toute première fois il y a deux ans ou pour cet album, je n’ai pas réfléchi. J’ai fermé les yeux et j’ai écouté. Et ce que j’ai entendu m’a plu, au-delà d’une explication rationnelle.

Je me suis sentie obligée d’étendre ma réflexion plus loin que ce groupe. J’ai vogué au gré du net sur les sites musicaux, blogs et autres, appartenant à des particuliers et à des critiques amateurs. J’ai été horrifiée de réaliser seulement maintenant l’ampleur des dégâts. La plupart d’entre eux ont oublié pourquoi ils écoutent de la musique. Et certains de ceux qui sont en train de lire cet article sont peut-être dans le cas aussi. La plupart du temps, j’ai juste vu des gens qui avaient envie d’être calé sur le sujet de la scène indépendante, donc juste une question de connaissance exhaustive, ou même pire, des gens qui voulaient juste se la péter genre « regarde tout ce que j’écoute et que tu ne connais même pas ». Il m’est même arrivé de ne plus avoir l’impression que certains parlaient de musique. Mais pourquoi pas tenir un blog de ce genre, en effet… Mais ma question reste : dans quel but ?!

Cela m’a ramené tantôt à la description Listen2Fight de Marc : « L’idée désagréable que quelqu’un puisse passer à côté d’albums qui pourraient le toucher me pousse à partager mes coups de cœur et de gueule (…) ». Oui, exactement. J’écoute de la musique parce que ça me touche. Parce qu’on s’y identifie, parce qu’elle est capable de recouvrir l’entièreté de notre palette de sentiments. Voilà la seule raison qui me pousse également à tenir ce blog. J’ai envie de partager mes émotions et pourquoi pas d'en provoquer chez d'autres par le biais de la musique. Alors que certains des blogueurs m’apparaissent plus comme des m’as-tu-vu engloutisseurs de disques, mais qui ont oublié pourquoi.

Je terminerai ce coup de gueule avec l’espoir de ne jamais perdre l’intégrité qu’un tas d’auditeurs semblent avoir perdue. Pour en revenir à mon intro, ce que je veux faire : continuer à partager mes émotions musicales avec qui voudra, et cet article en fait incontestablement partie.
Ce que je ne veux pas devenir : par exemple, le genre de personne pseudo-sympathique capable d’écrire un mail blessant sans même apparemment sans rendre compte, rempli d'allusions machistes et de changements de propos dû à une simple affaire de nombre de commentaires ou de découvertes ou non lors de ma première et dernière collaboration.
Ou un de ces putains de snobs indie, mais la personne d'avant en fait indéniablement partie.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales tout en ressenti...
Et une chanson désarmante pour la route: All Alone In An Empty House - Lost in the Trees

13 commentaires:

ToX a dit…

Wow tout ça, tu en avais des choses à déballer dans ce second billet de l'année dis-donc.
Mais bon, tout ça ne doit pas t'empêcher de... ne pas changer. Si on vient ici, c'est pour ce que tu es, ce que tu écris et ce dont tu parles, la musique. Donc ne change pas et continue comme tu l'as toujours fait.
Bonne année quand même

yosemite a dit…

moi, je gobe des milliards de disques !
:-)
et j'adore le dernier Animal Collective !!!
(comme ça c'est dit).

sinon, je partage beaucoup des opinions, ce qui m'a fait il y a quelques années abandonner la presse ou les radios dites musicales...
pas de hype ou de quelconque pression, juste du ressenti.

merci du coup de gueule.


PS :est-ce que j'ai dit que j'aimais le dernier Animal Collective ?

Alex a dit…

Voilà un billet et un coup de gueule salutaire.
Des engloutisseurs de disques... j'ai toujours eu peur de devenir ça. Et c'est difficile, tant on a envie de ne rien rater. Hum. Pas sur que je sois irréprochable de ce coté là... damned.

marc a dit…

Bonjour,

Tout d'abord bravo pour cette mise au point. Je ne pense pas finalement qu'elle va bouleverser ce blog, ni modifier ta vision de la musique, mais il est bon de se poser des questions de temps en temps, de faire un pas de côté.

Le cas Animal Collective d'abord. Ne pas se laisser influencer. C'est très difficile, presque impossible parce que quand on aborde un album quel qu'il soit. Autant le dire tout de suite, les albums d'Animal Collective d'avant Feels (celui-ci partiellement compris) me semblent trop hermétiques, trop difficiles d'accès. Mais c'est une loi du genre. Maintenant qu'ils deviennent plus euphoriques, plus pop, leur public s'élargit, c'est normal, mais certains en sont restés à l'idée que ce n'était pas pour eux, et en ressentent, on le dirait à lire certains des commentaires auxquels tu fais allusion, une certaine frustration. Il faut parfois admettre qu'une musique ne nous est pas destinée. Mais il faut aussi parfois pourfendre ce qu'on considére comme une imposture.

Même si je suis d'accord avec toi pour ce qui est de l'importance du ressenti. Mais même si j'ai eu aussi des commentaires comme "Je suis d’accord également sur le fait que "Fireworks" est un des morceaux de l’année. Mon fils de 2 ans et demi adore, il danse comme un petit fou en l’écoutant", il n'en reste pas moins que ce n'est pas un groupe dans lequel on entre comme dans un moulin. Je ressens ces albums, ces concerts, mais je comprends aussi l'air médusé de certains. Il y a une question d'affinités, d'éducation aussi. Affinités parce que plus de 10 minutes de drum and bass et je rends les armes, alors que bien d'autres prennent visiblement un plaisir immense. Education aussi, mais pris dans l'acception la plus large et la moins élitiste possible. S'il l'y a pas de goût absolu, une oreille, comme un oeil, ça s'éduque. Et la première chose, c'est de mettre les gens au contact des oeuvres, littéraires, musicales ou picturales. Après ils font leur tri, ou ils délaissent ce qu'on leur propose, mais en connaissance de cause.

Et ceci nous amène facilement à la seconde partie de ton raisonnement, où tu témoigne de ton envie de partager tes passions sincères. La sincérité, c'est sans doute la qualité primordiale de la critique. Essayer d'éviter la mauvaise foi, ou alors l'assumer. Mais aussi essayer d'expliquer. Et situer. Les articles de Pitchfork sont brillants parce que la mise en place est souvent impeccable. On les suit ou pas mais on a eu leur point de vue. Et puis, il faut éviter de penser qu'on est détenteurs d'un précieux savoir. On peut décider de le garder, et pourquoi pas. On a choisi d'écrire parce qu'on veut le partager, voilà tout, parce qu'on est faibles face à l'envie d'écrire.

Continue donc à nous parler de ce que tu penses de ce que tu écoutes.

Bonjour chez vous

PS: c'est pas tout ça, j'ai encore un coup de coeur à faire passer moi (Loney, Dear)

Erwan a dit…

Ah... ça soulage non? ;-)
Par contre moi qui préparais ma chronique assez critique envers le nouvel Animal Collective, ça me met une sacré pression!

yosemite. a dit…

Marc : le Loney Dear sera album de l'année parce qu'il est simplement magnifique !

marc a dit…

@Erwan
Faut pas se mettre la pression hein. Ceci dit, tu as piqué ma curiosité. La suite chez toi?

@Yosemite
Si on clôturait les votes maintenant, sans problème. Mais j'espère être surpris ces onze prochains mois.

Noah Dodson a dit…

Chouette coup de gueule effectivement.

En ce qui concerne Animal Collective, pas encore eu le temps de vraiment ecouter mais j'aime beaucoup Flowers. Par contre la cover de l'album me donne envie de vomir, je peux pas la regarder plus de 10 secondes sans devenir fou (surtout apres quelques Leffes)

Par contre je sias pas du tout ou tu as vu tous ces commentaires. Ici il a ete plus que bien recu, avec un 9.6/10 chez Pitchfork (www.pitchforkmedia.com) et un 9.5/10 chez Prefix (et average de 9.0 des lecteurs de Prefix), et personnlement j'ai encore rien vu de deplaisant a propos d'AC a part en venant ici :/

manu a dit…

Ah un peu de violence ici, j'aime ;o)
J'aimerais revenir sur une notion que Marc a effleuré dans sa réponse, celle d' « éducation » musicale.
Alors oui bien sûr, la musique c'est d'abord une sensation, un truc qu'on ressent avec ses oreilles et avec ses os...
On l’a tous constaté, les morceaux qui nous semblent familier, qui nous plaisent instantanément aujourd’hui ne nous auraient peut être pas marqué l'année passée.
Cette perception est donc sans cesse modifiée plus ou moins inconsciemment (en fonction des humeurs, du temps qu'il fait dehors, des gens qu’on fréquente, etc.). Mais elle peut également être modifiée volontairement.
Je pense que c'est la raison pour laquelle beaucoup de gens (dont moi) cherchent aujourd'hui à aller au delà de cette « première impression ». Comprendre le contexte dans lequel évoluent certains groupes, se forcer à écouter des artistes sur lesquels on ne se serait jamais penché spontanément.
Ce n'est pas une démarche masochiste ou égocentrique, c'est au contraire un esprit d'ouverture. On peut apprécier le vin sans avoir aucune notion en œnologie mais je pense sincérement qu’on l'apprécie d'autant plus si on sait comment le déguster et si on a quelques références dans le domaine. D’après moi c'est ce qui motive - à la base - les blogueurs auxquels tu fais allusion dans ton article... maintenant, certains d'entre eux sont peut être devenus alcooliques au fil du temps ;o)
Quoiqu’il en soit, j'espère que tu continueras à partager tes bonnes bouteilles avec nous !

Anaïs a dit…

En gros, merci à tous pour ces commentaires éclairants et à bientôt sur vos blogs respectifs.

@ Manu: Je suis totalement d'accord en ce qui concerne tes notions de "comprendre" et de "se forcer". Les meilleurs albums sont souvent découverts après un très grand nombre d'écoutes (si tout se percevaient en une seule écoute, je n'en verrais pas non plus l'intérêt). Mais les commentaires dans lesquels j'ai lu ces mots me semblaient trahir une écoute déjà orientée vers le négatif, d'où "se forcer" sans écouter vraiment. Pas "comprendre" le contexte, mais comprendre le but/ la musique (or de ce point de vue là il n'y a rien à comprendre). C'est à mes yeux un réel manque de liberté et de sincérité d'écoute. Déjà penser à "comment on pourra rabaisser l'album" à la fin de l'écoute. Impossible dès lors de savoir vraiment ce que contient l'album en question...

@ Marc: " (...) il n'en reste pas moins que ce n'est pas un groupe dans lequel on entre comme dans un moulin. Je ressens ces albums, ces concerts, mais je comprends aussi l'air médusé de certains."
Je comprends évidemment le manque d'accessibilité de certains groupes mais je pense aussi que ce sont des idées pré-réçues. On se focalise sur le fait que ce qu'on entend est inhabituel (hors conventions?!) au lieu de profiter de ces innovations. A mes yeux, Animal Collective ne doit pas être perçu comme étonnant-médusant-imcompréhensible, mais plutôt comme surprenant. Il n'y a qu'un pas entre, mais il est énorme.

marc a dit…

Ce dont tu parles, c'est de l'impression subjective que tu ressens. Quand on est déconcerté, ce n'est pas toujours les prémices de l'émerveillement. Ca peut l'être (Dead Science) mais on risque aussi le casse-bonbons (The Dirty Projectors - impression personnelle).

Tu dis qu'il "ne doit pas être perçu comme étonnant-médusant-imcompréhensible, mais plutôt comme surprenant." Il y a une nuance, je te l'accorde, mais quelqu'un qui ne les connaitrait pas peut être "surpris" et "étonné-médusé-malcomprenant" à la fois. Après, c'est la subjectivité qui décide. Tout le monde n'est pas forcé d'admirer, ni même de respecter ça. Le jour où tu passeras trois heures dans une soirée de minimale (ou, plus loin, d'un Villallobos), la réaction probable sera d'être un peu lessivée. Il faut du temps aussi. De l'éducation dans l'acception large du terme. On ne profite pas toujours de ses surprises, quel que soit le degré d'abandon.

Zap. Retour aux émissions normales.

Dance To The Radio a dit…

Bien drôle, cette polémique sur Animal Collective. Alors que tout coule de source.

Matador a dit…

J'adore déterrer les vieux articles. On y trouve toujours des moments plus personnels, des invectives et des blessures. Je comprends ton coup de gueule - même si je me moque souvent d'Animal Collective.

Tu me diras si j'ai tort, mais je pense que ce qui te blessait dans ces messages, ce n'était pas vraiment l'intuition que tu avais du manque de sincérité de certaines personnes mais plutôt qu'ils insinuaient que toi tu n'étais pas sincère. En effet, certains sont prompts à voir des faux-semblants partout et à décrier comme hypocrites les suiveurs de Pitchfork ou des autres médias. Ces commentaires ne manifestent généralement qu'une chose: les gens n'admettent pas qu'on ne vive pas sur les mêmes présupposés qu'eux. C'est en effet difficile d'imaginer que quelqu'un aime VRAIMENT ce qu'on trouve inaudible - pour moi aussi. Personne ne le dit ouvertement, car personne n'aime reconnaître ses limites. Je ne parle pas des limites de l'oreille musicale, mais des limites de l'empathie, ce qui fait qu'on ne peut pas se mettre à la place des autres. Alors on dresse des procès d'intention au lieu d'admettre, tout simplement, qu'on n'est pas les mêmes.

Malgré tout, je ne partage pas ton avis sur la compréhension. C'est bien normal quand on n'aime pas quelque chose de l'intellectualiser - car on est perplexe et on se demande, à juste titre, ce que signifie tout ce remue-ménage - c'est d'ailleurs le signe d'une tentative laborieuse mais louable de sortir de sa propre vie. La musique n'étant pas que de la musique, il y a bien, derrière nos goûts, quelque chose à comprendre sur nos vies et nos aspirations.